Archives de Catégorie: Uncategorized

Dessin de saison

dessin-de-saison

Publicités

Doc toc toc rêve comme un gosse !

Doc Toc Toc rêve comme un gosse

Monique Royer, la bonne fée des Cahiers pédagogiques !

Monique Royer, la bonne fée des Cahiers pédagogiques

Nous avions pris rendez-vous, Monique et moi, pour un samedi matin. Mon chat s’était calfeutré sous une couverture et faisait la grasse matinée, j’étais tranquille, je pouvais parler au téléphone un bon moment sans que mon chat n’en fasse une crise de jalousie et ne vienne m’embêter !
Parler, raconter son métier, son quotidien au CDI, a priori très peu pour moi ! Comme nombre de personnes dont Monique a fait le portrait pour les Cahiers pédagogiques, je me disais que je ne faisais rien d’extraordinaire, que je n’avais rien d’original à dire.
Mais Monique a cette écoute particulière qui laisse place au silence, qui donne peu à peu confiance, laisse les mots naître, s’emballer parfois, se raturer et se reprendre comme sur un brouillon, et la pensée se formuler petit à petit ou plus vivement quand nous avons abordé la question de la place du professeur documentaliste dans la réforme du collège, par exemple. Frédérique Yvetot, en lisant mon portrait, m’a dit qu’elle me retrouvait : « il y a tout toi, la réserve, l’envie et la rage ». Un beau compliment pour Monique Royer !
Son écoute donc. Mais avant tout sa voix, une voix chaleureuse, rieuse. Quelque chose de direct, de simple. C’est son grain de voix surtout qui a suscité ma curiosité. En raccrochant, je me sentais à la fois frustrée et soulagée. Soulagée parce que j’allais enfin pouvoir me taire ! Frustrée, parce que c’est Monique que j’aurais voulu entendre ! Déjà quelques phrases qu’elle avait prononcées me trottaient dans la tête, j’en aimais la justesse et la profondeur. Avoir autant parlé de mon métier et en savoir si peu sur Monique…
Je voulais faire son portrait mais, je m’en doutais, quelqu’un d’autre l’avait déjà fait pour les Cahiers pédagogiques. Ça n’était que justice et je n’en aurais pas été capable. Finalement, ce n’était pas tant un portrait que je voulais faire de Monique qu’une interview, lui laisser la place de s’exprimer à sa façon, avec ses mots, retrouver sa voix. Une amie m’a dit en lisant mon portrait combien Monique l’avait réussi alors que bien souvent, de ses propos il ne reste plus rien, qu’ « une écume, légère amertume ». Elle en avait fait les frais !
Il était donc hors de question que je coupe les propos de Monique !

Voici l’interview dans son intégralité.

« Le monde de l’éducation vit et respire grâce à toutes ces personnes qui inventent, construisent au jour le jour l’école d’aujourd’hui et de demain, presque naturellement et sans esbroufe. »

– Comment en es-tu venue à écrire des portraits pour les Cahiers pédagogiques ? Qu’est-ce qui te plaît dans ces rencontres où tu t’intéresses à ce qui se passe sur le terrain, à la manière singulière que chacun a d’exercer son métier ?
Avant les Cahiers, il y a eu le Café pendant dix ans, pédagogiques tous les deux 😉 Quand j’ai arrêté de contribuer au Café, j’avais envie d’arrêter tout court et puis très vite raconter m’a manqué. Les Cahiers m’ont ouvert leurs pages avec une liberté que j’apprécie énormément dans un collectif foisonnant où je me sens bien. Je suis arrivée petit à petit aux portraits avec l’envie d’en savoir plus sur les personnes qui créaient, mettaient en œuvre des projets, de comprendre aussi la naissance de l’idée à travers leur propre parcours, d’aller au-delà de l’initiative pour trouver une communauté d’approches. C’est lié sans doute aussi à mon propre parcours puisque j’ai été accompagnatrice en VAE et que j’étais là pour que les gens parviennent à raconter ce qu’ils avaient fait, les compétences construites sur le terrain, au fil du temps, et reconnaissent eux-mêmes ces compétences. Je dis parfois en rigolant que les portraits sont ma façon de faire du militantisme, pour une école ouverte pour tous et sur le monde qui l’entoure. Le savoir est la clé de bien des libertés, y accéder est un droit fondamental. Il existe une grande diversité dans les façons d’apprendre et d’enseigner, j’aime bien montrer la singularité, la diversité. J’apprends beaucoup en échangeant avec les gens que j’interroge. Cela fait écho à mes propres interrogations professionnelles, citoyennes et personnelles.

– A quoi es-tu sensible quand tu as les gens au téléphone, que recherches-tu, que veux-tu faire passer d’eux dans tes portraits ? D’où te vient cette écoute, cette manière que tu as par tes mots de dresser des portraits avec autant de bienveillance ?! Explique comment tu procèdes pour les écrire.
Devrais-je le dire mais je prépare très peu mes entretiens. J’essaie de ne pas savoir à l’avance l’angle d’attaque, le contenu de ce que je vais écrire. Je contacte les interlocuteurs parce que j’apprécie leur approche, leur questionnement, leurs initiatives mais je sais souvent peu sur eux. Je mise sur l’échange spontané, la discussion à bâtons rompus, la liberté des propos. Je note sur un cahier des choses quelquefois illisibles par la suite. Les échanges sont tellement riches que je pourrais écrire de mémoire. Je fais ensuite relire l’article par l’interlocuteur avant de publier. Cette étape est essentielle car je ne fais que mettre en mots les paroles, le portrait est avant tout celui de la personne qu’il décrit.L’échange est bien sûr différent d’une personne à l’autre. Certaines sont bavardes, d’autres timides, je recueille souvent des « je n’ai rien de spécial à dire », « je ne pense pas que ce que je fais soit extraordinaire », mais c’est justement là que réside tout l’intérêt. Le monde de l’éducation vit et respire grâce à toutes ces personnes qui inventent, construisent au jour le jour l’école d’aujourd’hui et de demain, presque naturellement et sans esbroufe. Il y a aussi un manque de reconnaissance de la hiérarchie, la méfiance des collègues. Ce n’est pas systématique mais cela existe et il arrive que l’entretien puis la publication du portrait deviennent une forme de reconnaissance. Et là, j’en suis heureuse car le manque de reconnaissance amène une sourde souffrance au travail.

– Peux-tu donner un ou deux exemples d’une action, d’un projet dont on t’a parlé et qui t’a marquée parce que cela t’a paru particulièrement innovant, original, intéressant pour les élèves ?
Ou lala la question est très difficile. Les portraits sont une visite hebdomadaire d’actions que je trouve remarquables. Choisir est extrêmement difficile. Je pourrais citer des projets qui me tiennent à coeur parce qu’à la fois fous et essentiels ::
– « Paroles d’hommes et de femmes » initié par Frédéric Praud qui organise des rencontres entre des migrants et des élèves dans les établissements scolaires avec un travail préalable magnifique avec les témoins.Le projet s’enrichit cette année avec des forums « migrations et climats ». J’aime beaucoup cette initiative parce qu’elle s’attaque aux idées reçues, est ambitieuse d’un point de vue pédagogique, crée des liens entre des acteurs différents et est aussi une forme de reconnaissance pour des migrants et leur parcours.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/Le-Forum-Climat-migration-un-trait-d-union-educatif
– « Détour buissonnier » est mon énorme coup de coeur de l’année. Manon Devidal et Sylvère Décot sillonnent en ce moment les routes de l’éducation sur leurs vélos en allant à la rencontre de gens et de lieux qui réinventent l’école. Ils racontent leurs découvertes dans leur blog. Il faut absolument lire leur récit de leur visite de la jungle de Calais pour comprendre l’ambition et l’humanisme de leur périple. Ils font ce que je rêve de faire, partir à la rencontre, voyager pour raconter.
https://detourbuissonnier.wordpress.com/
– la Maison des 3 espaces dont j’ai raconté l’histoire en plusieurs épisodes, celles de doux dingues qui construisent ensemble une école de quartier sur des principes d’ouverture et d’ambition de réussite pour des élèves a priori destinés à l’échec.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/http-www-cahiers-pedagogiques-com-La-Maison-des-3-espaces-histoire-d-une-ecole-ou-tout-s-invente-1
Et puis il y a des belles rencontres, des amitiés qui se tissent, des figures emblématiques et aussi des gens absents des radars médiatiques qui font un boulot formidable dans leur classe ou dans des associations. Alors choisir est vraiment difficile.

« une école active avec des apprenants actifs »

– Tu dis que le cours magistral, cela ne t’intéresse pas. Quelles pratiques d’enseignement, quels types de pédagogie t’intéressent ? Pourquoi ?

Je ne rejette pas le cours magistral, il peut être nécessaire dans certaines situations pédagogiques. Je regrette simplement qu’il soit dominant car il implique une certaine passivité de l’élève. Là encore, c’est très lié à mon histoire personnelle et professionnelle. Je me suis beaucoup ennuyée à l’école. Pourtant, j’aimais beaucoup apprendre. Ma curiosité était peu rassasiée, mes questions avaient peu de place dans le cadre scolaire. J’aillais chercher des réponses à la bibliothèque ou en écoutant les conversations des grands, en interrogeant beaucoup. J’ai eu très tôt une sensibilité à l’injustice, de voir par exemple des copines en échec parce qu’elles n’avaient pas le temps de comprendre, qu’on ne leur expliquait pas. J’ai moi même frôlé l’exclusion du système scolaire pour indiscipline. Je ne voulais pas être enseignante car j’avais l’impression que les profs étaient responsables de cela. Pourtant, j’adorais travailler avec mes copines et copains, leur expliquer ce qu’ils ne comprenaient pas et réciproquement. Et puis j’ai découvert la formation pour adultes et là je me suis régalée. J’ai été formatrice en prison et en atelier pédagogique personnalisé. J’ai du inventer, trouver des solutions pour faire naitre des apprentissages dans des conditions hors norme. Je me suis formée beaucoup aussi sur les méthodes pédagogiques notamment liées à l’autoformation accompagnée. Quand j’ai intégré l’enseignement agricole en tant qu’animatrice de centre de ressources, là je me suis sentie chez moi, en phase avec mes idées. J’ai eu la chance d’y arriver au tout début des Tice et de pouvoir expérimenter sur leur utilisation en pédagogie. Je les ai en particulier utilisées comme biais pour réconcilier des personnes en situation d’illettrisme avec l’apprentissage formel mais aussi pour développer des formations ouvertes et à distance pour que des salariés obtiennent un CAP. J’ai travaillé avec des formateurs sur l’organisation de séquences pédagogiques individualisées ou des travaux de groupe en utilisant le numérique. Une expérience fabuleuse où j’ai pu mettre en œuvre l’école dont je rêvais petite en lien aussi avec le réel, l’environnement etc, une école active avec des apprenants actifs. Et puis aussi, j’ai énormément appris à tel point que j’ai pu obtenir un Master 2 aux deux tiers en VAE.

Professeur-documentaliste : « un métier qui bouge, qui bouge tout le temps et qui invente »

– Est-ce la raison pour laquelle tu as fait le portrait de plusieurs professeurs-documentalistes ? Parce que le prof-doc est habitué à travailler avec ses collègues, à mettre en œuvre d’autres situations d’apprentissage que le cours frontal ? En quoi ce métier t’intéresse-t-il ? Quelle vision en as-tu ? Quels en sont, selon toi, les atouts et les contraintes ou difficultés ?
J’ai dit plus haut que je ne voulais pas petite devenir prof. J’en ai rencontré quelques uns au cours de mon parcours qui ont été des références, certains m’ont soutenue lorsque le système scolaire me poussait vers la sortie, d’autres m’ont ouvert des portes vers des connaissances émancipatrices ou encore m’ont encouragée à écrire. Alors aujourd’hui, je sais que mon jugement était injuste et en fait j’aurais beaucoup aimé être prof de sciences économiques et sociales ou prof-documentaliste. Ce métier de prof-doc me semble mal reconnu pourtant sa place est essentielle car synonyme d’ouverture et de liens, au coeur des changements de l’école, de la relation aux savoirs, aux médias, au numérique. La diversité des situations d’apprentissage, le travail avec d’autres enseignants ou des intervenants extérieurs sont sources de pédagogie active. Il y a tellement d’initiatives qui se développent, dépassant le cadre du CDI. Par exemple, quand des élèves participent à un concours littéraire, ils sont amenés à lire des romans, à échanger sur leurs impressions, à les exprimer, à rechercher des informations sur les auteurs, à contribuer avec d’autres classes, d’autres établissements, les compétences mobilisées sont multiples. Au XXIe siècle, savoir s’informer en évaluant la pertinence de ce que l’on collecte, savoir associer, faire le lien entre des données, maîtriser sa propre communication me semblent essentiels. Là aussi, les profs doc ont un rôle fondamental. Et puis, il y a tous les liens avec l’extérieur, l’environnement de l’établissement. Les difficultés tiennent encore au manque de reconnaissance ou à la méconnaissance du métier et de son volet pédagogique. Je le vois comme un métier qui bouge, qui bouge tout le temps et qui invente. C’est en cela qu’il m’intéresse beaucoup.J’avais d’ailleurs intitulé le portrait de Fred Yvetot « CDI -Centre de Développement d’Idées ».

« rendre accessible »

– Tu m’as parlé au téléphone d’élèves « différents », puis tu as ajouté que pour toi, c’était tout simplement les élèves d’aujourd’hui. Peux-tu développer ce que tu voulais dire ? Quels « défis » pédagogiques nous posent les élèves d’aujourd’hui, comment peut-on prendre en compte leurs difficultés/différences, selon toi ?
Je me demande même si les élèves « différents » ne l’ont pas toujours été. La référence pour l’école est celle de l’élève modèle, celui qui réussit avec mérite parce qu’il apprend comme il est attendu qu’il apprenne, sans trop de question avec une adhésion à ce qui est proposé. Or, chacun arrive avec des connaissances construites ailleurs, dans le cadre associatif, sportif, familial, amical. Il peut en naître des doutes, des questions, des curiosités et donc des besoins de réponses argumentées. Avec le numérique, tout cela s’accentue. Le savoir est accessible, ce qui ne veut pas dire qu’il soit assimilable par un simple clic. L’école doit apprendre cela, à ce qu’une information à portée de clic prenne sens, devienne un savoir formel si elle en a la densité et la pertinence, se relie à d’autres.
On part aussi de l’idée que l’enseignant sait par définition. Or, il doit savoir transmettre ce qu’il sait, le rendre accessible. C’est cette accessibilité qui me semble la clé de voûte de l’éducation aujourd’hui. Si l’on s’y intéresse, on regarde alors du côté des façons d’apprendre des élèves, qui ne sont pas uniques et multiples. Fatiha Tali dans ses recherches montre que l’accueil des élèves en situation de handicap par les questions qu’il pose aux enseignants sur le terrain amène à une évolution des pratiques pédagogiques vers une meilleure accessibilité pour tous. (http://www.cahiers-pedagogiques.com/Le-handicap-un-declic-pour-interroger-et-changer-le-metier-d-enseignant). J’aime bien cette idée qui fait d’une difficulté apparente, une voix d’amélioration pour tous si elle est apprivoisée. La prise en compte de toutes les différences enrichit aussi le groupe, favorise les apprentissages sociaux qui sont essentiels dans une société que l’on soupçonne individualiste. Elle appelle à une variation des méthodes, une absence de monotonie pédagogique. L’enseignant est donc amené à inventer, créer, s’adapter. Pour un certain nombre, la référence est celle d’un système classique, idéalisé avec un rôle attribué au prof et aux élèves bien défini, cadré. Il n’y a pas de jugement dans mon constat. Le choix d’un métier se fait beaucoup à partir d’un idéal. Celui de prof change profondément, peut sembler en rupture par rapport au métier rêvé et cet écart mérite un accompagnement, une prise en compte, bref encore une fois une reconnaissance. Changer ne se décrète pas, on peut avoir un goût pour le changement, l’évolution, on peut être créatif, mais cela ne fait pas partie des référentiels professionnels des enseignants. C’est un peu aussi l’ambition de mes portraits : montrer ce qui se fait concrètement avec les doutes qui vont avec, pour partager des initiatives, et pas uniquement des innovations, au-delà des injonctions, donner envie.

« tous les horizons »… « entrer dans le rêve »

– Tu sembles aimer beaucoup voyager, t’arrive-t-il de saisir cette occasion pour en apprendre plus sur d’autres systèmes éducatifs que le nôtre ? Si c’est le cas, peux-tu en citer un dont tu aimerais bien qu’il soit expérimenté en France ?
Ah les voyages ! Ils sont un peu comme mes portraits, je pars vers des destinations que je pressens intéressantes mais sans savoir précisément ce qui va en naître. J’ai envie souvent de voir comment se déroule l’école mais je n’en ai pas toujours l’occasion. Je suis partie dernièrement au Cap Vert. J’ai été étonnée par la maîtrise des langues étrangères, l’envie aussi d’aller à l’école ce qui suppose au quotidien de longues marches pour y arriver. Je n’ai eu que de brèves réponses pour expliquer mes étonnements. Je cherche aujourd’hui à les comprendre. Lorsque je contribuais au Café Pédagogique, j’ai eu l’occasion de participer à des forums internationaux d’enseignants innovants, je suis intervenue aussi lors de conférences à Taipeh, Dakar ou Tunis. Chaque fois, cela a été une belle expérience mais je ne prétends pas connaître les systèmes éducatifs de ces pays. J’ai rencontré des enseignants investis, de belles initiatives. Bref, j’ai plus de questions que de réponses.

– Pour finir, j’aimerais en savoir plus sur tes goûts ! Que lis-tu, quels films, quels artistes aimes-tu, quelles musiques écoutes-tu ?

Mes goûts sont très éclectiques, liés à mes curiosités du jour. J’aime beaucoup la musique, aller voir des concerts de jazz, de rock, de musiques de tous les horizons. J’ai au programme de ce début d’année : Rover, Stephan Eicher, Arno et Goran Bregovic. Bregovic est sans nul doute mon artiste préféré en concert, dès qu’il passe pas trop loin de chez moi, je vais le voir. C’est lui qui m’a donné le goût des Balkans avec son spectacle « Margot, mémoire d’une reine malheureuse », goût qui a initié des voyages et d’autres découvertes comme celle de la littérature de l’ex-Yougoslavie (très riche et imaginative) ou de l’Albanie. J’ai découvert Dhafer Youssef et j’aimerais beaucoup le voir en concert, sa musique me coupe littéralement le souffle. Parmi mes bonbons musicaux, il y a Chet Baker, Ella Fitzgerald, Titi Robin, Tiken Jah Fakoly, Ibrahim Maalouf, Gérard Manset, Alain Bashung, Salif Keita, Oxmo Puccino…. Mes lectures sont aussi très variées. Je cours à la librairie quand Jim Harrison sort un nouveau bouquin ou encore Déon Meyer. Les histoires du premier ont souvent pour cadre les grands espaces américains, celles du second se déroulent au Cap. J’ai voyagé en Albanie avec les mots de François Maspero en tête. J’ai découvert Védibor Coolic après mon périple en Bosnie Herzégovine. Il me semble que des livres comme « L’insoutenable légèreté de l’être », « Le roi des Aulnes » ou « Belle du seigneur » sont dans mon parcours de lectrice des références et ont nourri mon propre imaginaire. La littérature a été pour moi une source inépuisable d’apprentissage, d’émancipation et l’est encore aujourd’hui. Quoi de mieux qu’un bon roman pour clore la journée et entrer dans le rêve ?

Cf. le portrait de Doc toc toc sur le site des Cahiers pédagogiques.

Cf. le beau portrait de Monique Royer par Christine Vallin, également pour les Cahiers pédagogiques.

Tagué

#attentatsParis Ecrire comme on peut

D’abord, les embouteillages, éprouver l’espèce de résignation habituelle et autre chose, d’encore confus, comme un soulagement.
C’est un vendredi de fin d’après-midi aux abords de Paris, comme j’en ai vécu d’autres et l’habitude rassure, diffère aussi le moment redouté d’entrer dans Paris, et cette question que je n’ose formuler : comment vais-je retrouver Paris ? Vais-je me sentir rejetée par elle de n’avoir pas été là, ce week-end du 13 novembre ?
J’appréhende de rentrer dans Paris, comme si j’avais été malgré moi contaminée par ce travail photographique artistique autour d’un Paris vidé de ses habitants. Image qui a circulé sur les réseaux sociaux, une rumeur faisant croire à des Parisiens terrorisés, cloîtrés chez eux au lendemain des attentats. Je n’ai pas la télé, n’ai regardé aucune image en boucle sur les chaînes d’info en continu, mais cette image d’un Paris en creux, suspendu, me hante parmi toutes celles que j’ai vues sur Twitter. Comme si Paris avait été changée irrémédiablement, devenue étrangère à elle-même.
J’approche de Paris, ne sais pas ce que j’attends.

Puis, je la vois, au loin, avant même le tunnel, je vois son faisceau lumineux que je n’avais jamais remarqué avant, me semble-t-il. Je mets du temps avant de réaliser que ce ne peut être que celui de la tour Eiffel.
Je passe le tunnel de Saint-Cloud et son tournant en épingle à cheveu et la vois. Je sais que c’est elle que j’ai tant attendue, après l’avoir vue dans de si nombreux dessins. J’ai ce besoin de la voir « en vrai ». Elle est là, identique à elle-même, elle m’offre cette illusion consolatrice d’un Paris immuable.

Je suis sur le périph et me vois guetter des signes. J’attends maintenant de voir les trois couleurs bleu-blanc-rouge que je n’ai pu voir sur la tour Eiffel -il était encore trop tôt. Je les cherche malgré moi, dans un automatisme. La nuit tombe, ça roule plutôt bien maintenant sur le périph, je lève les yeux, lit les enseignes, publicités, lettres lumineuses et m’accroche aux couleurs jusqu’à arriver au niveau d’un pont qui enjambe le périph et laisse se détacher, immense, horizontale, une façade aux multiples néons formant le drapeau français. Je vois même l’enseigne « Leclerc So Ouest » avec sa station service et me plais à y lire là encore les trois couleurs que j’ai besoin de voir. Je n’avais pas fait attention à cela. A l’omniprésence du bleu, du blanc, du rouge, dans cet ordre-là, dans les enseignes commerciales au point que je me demande s’il en a toujours été ainsi.
Je suis en train de tout transformer en signes. Je lis Paris. On se protège comme on peut.
Le lendemain, en marchant du Bataclan vers République, je passe devant une agence immobilière, mon regard balaie la devanture et s’accroche à un « LOVE » qui n’est pourtant rien d’autre, bien sûr, que « LOUÉ ».
Dans le métro, plus tard, à République, je pose mon parapluie, tête en bas sur le sol noir. Il dégouline. Un filet sombre coule, net, épais, et je ne peux m’empêcher de penser à un filet de sang qui parfois prend cette couleur, presque noire. Je réfrène la sensation immédiatement, me l’interdit tant avoir eu cette idée me semble déplacé, coupable. Moi qui suis en vie.

Je prends des photos, déchiffre tout derrière l’écran de mon appareil, seul moyen pour voir quand même, voir et ne pas voir en même temps. Mettre à distance.
Au-delà de l’émotion que suscitent toutes ces fleurs, ces bougies, ces hommages, voir la beauté. Je ne sais si l’on peut dire qu’elle est consolatrice, mais elle me fait du bien, me facilite les choses -cadrer, organiser le réel, agencer les couleurs et les formes, trouver si belle cette affiche placardée à plusieurs endroits avec son « Même pas peur » ou « Même pas mal » comme un déni provoquant, une méthode Coué nous affirmant à tous, que « ça ira ! ».
Il fait un temps de chien, des rafales de pluie. Mes doigts sont gourds, mes bas de pantalon trempés et prendre des photos n’est pas aisé. En marchant, je me fais la réflexion que c’est un temps à attraper la crève et réfrène vite les mots avant qu’ils ne sortent de ma bouche, naïvement. Je dois me méfier de tout, des mots et expressions qui peuvent si vite prendre une autre tournure, si indécente. Et ce n’est qu’en tapant ce texte, que je m’aperçois aussi que je viens d’utiliser le mot « rafales » pour parler de bourrasques de vent accompagnées de pluie… Je ne l’ai pourtant pas fait exprès.

Et pourtant, je ne veux pas être réduite au silence, je ne veux pas qu’on me force à l’oubli d’un « La vie continue » entendu dans les bureaux de l’administration alors que les trois jours de deuil national n’étaient pas même passés.
Les réflexes professionnels reprennent le dessus : que puis-je photographier, que pourrais-je montrer, utiliser avec les élèves ? Je ne vais pas jusqu’aux terrasses de cafés, restaurant, et même si j’y étais allée, je n’aurais pas photographié les impacts de balle dans les vitres du bar Le Carillon. J’en reste aux mots, aux messages que je veux transmettre aux élèves, les mots pour dire le piège de la haine, ceux pour dire la nécessité de rester unis, ceux encore pour dire le refus des amalgames.
Je finis en photographiant les messages sur les panneaux lumineux de la Mairie de Paris, guette plus particulièrement celui sur la culture qui nous permet de rester debout et celui, encore, nous invitant à utiliser le hashtag #noussommesunis.
C’est ainsi aussi que j’ai commencé mes séances avec les élèves, par ce besoin de douceur, de consolation, en les faisant trouver des actions solidaires qui ont vu le jour grâce aux réseaux sociaux. Pour une fois que je pouvais contrer ces organismes qui interviennent dans les établissements scolaires et leur discours unilatéral, caricatural sur « les dangers d’internet et des réseaux sociaux » !

 

P1070966P1070965

P1070960P1070975

P1070944P1070951

P1070956P1070958

P1070971P1070972

P1070978P1070979

P1070943P1070955P1070982P1070986

P1070989P1070987

P1070997P1070992

P1070994P1070998

C’est dur la rentrée, bis !

C'est dur la rentrée, bis !

C’est dur, la rentrée !

C'est dur, la rentrée !

Réunion au sommet

Réunion au sommet

Enfin récompensée !

Mercredi 11 juin, j’ai eu la grande surprise d’apprendre que Gribouilles de doc avait nominé Doc toc toc pour un Liebster Award : cette « distinction » permet de faire découvrir de nouveaux blogs et, par la même occasion, de dire toute l’admiration que l’on a pour eux !

Liebster Award

Mais, ce n’est pas l’tout ! Lorsqu’on est nominé, il faut aussi répondre à 11 questions puis nominer à son tour 11 blogs !

Je commencerai par la question 10 de Gribouilles de doc :

Enfin récompensée ! Réponse 10

Voici les questions que m’a posées Gribouilles de doc !

  1. Le livre que vous êtes en train de lire ou le dernier que vous avez lu ?
  2. Votre livre préféré ?
  3. Pourquoi avoir ouvert un blog ?
  4. Anonymat ou identité réelle ?
  5. Préférez-vous le collège ou le lycée ?
  6. Faites-vous réellement l’inventaire tous les ans ?
  7. Comment vous est venue l’idée de devenir prof-doc ?
  8. D’après le quiz « Quel prof-doc êtes-vous ?« , quel est votre profil dominant ? Etes-vous d’accord ?
  9. La réaction de votre interlocuteur la dernière fois que l’on vous a demandé votre profession ?
  10. Avez-vous un chat ? des lunettes ? un chignon ?
  11. La dernière fois que vous avez dit « chuuut! » ?

Et mes réponses !

1. Pas un livre du CDI ! Calcutta de Shumona Sinha, mais cela m’a laissée de marbre. Il faut dire qu’en littérature indienne, difficile de rivaliser avec Un océan de pavots d’Amitav Ghosh, Un garçon convenable de Vikram Seth ou Le Dieu des Petits Riens d’Arundhati Roy !

2. Un livre préféré, vraiment un seul ? Non, impossible pour moi. Alors, pour changer de la littérature indienne, je passe à l’Europe centrale avec Les Buddenbrook de Thomas Mann, Auto-da-fé d’Elias Caneti et L’homme sans qualités de Robert Musil. Cela fait 3, je sais !

3. Ah, si j’avais su ! Poster un dessin quasiment chaque semaine, quelle gageure ! J’ai ouvert ce blog sous le coup de l’inspiration ! Un grand moment pour moi que la découverte du blog de gribouilles de doc ! J’ai vu, et ce fut un choc… suivi d’un assaut de plein d’idées de dessins !

4. Anonymat, un choix qui correspond bien à mon caractère, mes doutes et à la volonté de garder une certaine liberté. Mes collègues au collège ignorent tout du blog ! Seuls des amis et les docs du bassin savent que je le tiens.

5. Le collège, sans hésitation. J’imagine, sans doute à tort, avoir une liberté pédagogique plus grande et les collègues être davantage prêts à succomber à mes sollicitations. Et puis, j’adore la spontanéité des 6èmes, qui ne sont pas encore blasés de tout !

6. L’inventquoi ? Ah non, vraiment, je suis une mauvaise gestionnaire, d’ailleurs, j’anticipe déjà sur la question 8. En réalité, je fais le récolement d’une partie du fonds.

7. Parce que la philo mène à tout ! Parce que je voulais être une prof différente des profs ! Donc une prof doc ! Ne pas ressembler à ce que je connaissais d’un peu trop près. Comme ma mère ne sait toujours pas se connecter à internet, je ne risque rien pour cette révélation !

8. Professeur à 70%. Mais je ne me reconnais pas tout à fait dans les résultats du quiz : 0% animateur culturel, 0% geek, 0% gestionnaire, c’est un peu vache quand même ! En fait, j’ai regretté de ne pouvoir parfois cocher plusieurs réponses. Je suis sûre que si je refaisais le test, en fonction des moments, le profil dominant changerait.

9. J’ai plutôt envie de répondre en évoquant la dernière fois où un membre de ma famille m’a demandé ce que c’était qu’un prof-doc. Devoir expliquer, – en allemand, s’il vous plaît -, un métier qui n’a pas d’équivalent en Allemagne, m’a toujours paru au-dessus de mes forces. Et comme ils oublient d’une année sur l’autre… je me sens comme Sisyphe !

10. Des indices sur le dessin !

P.S. Je n’ai qu’un seul chat, mais je ne souffrirai aucune contradiction : c’est le plus beau ! Quant au chignon, il y a belle lurette que j’y ai renoncé, s’il tient une heure, j’ai de la chance !

11. La dernière fois que j’ai dit « chuuut ! ». Et bien à mon chat justement, qui a poussé ce soir quand je suis rentrée du boulot, un miaulement interminable, du genre « j’essaie d’atteindre le record du miaulement le plus long pour que tu comprennes enfin que tu dois me caresser avant même d’adresser la parole à un humain, de poser ton sac et d’enlever tes chaussures ». Un tyran !

Normalement, il faut également révéler 11 choses sur soi ! Je ne le ferai pas, c’est déjà le cas dans les réponses aux questions de gribouilles de doc ! Juste une chose encore, je la rejoins sur le chocolat : le chocolat noir, il n’y a que ça de vrai !

Et maintenant, le moment que vous attendez tous : la nomination pour un Liebster Award de 11 blogs à (re)découvrir :

Je n’en citerai pas 11 « nouveaux » par rapport à ceux nominés par Gribouilles de doc, j’ajouterai simplement :

1) Le site de la doc

Je triche, ce n’est pas un blog mais un site aux dessins joliment naïfs que vous connaissez tous sur la « dame du CDI« , son métier, les ressources du CDI… Mais pourquoi, diable, ne pas continuer à l’alimenter ?!

2) Les aventures de SuperDoc

Élégance du fond noir, silhouette de rêve, SuperDoc est vraiment une super héroïne qui combat le crime et l’injustice. Ses dialogues sont drôles et poignants, ses démêlés avec Le Dragon autour de la question épineuse du budget du CDI est un régal d’humour, mais on rit jaune, car des dragons, on en connaît tous !

3) VDD : Vie de Doc

Encore la preuve que les profs docs ont de l’humour !

4) Fenetresur

Pour sa mutualisation de séances alléchantes ! Merci !

5) Doc, tice & co…

Tout est dit dans le nom du blog ! J’adore les cartographies de Sophie Bocquet, la dernière en date « Cartographie des différents types de projet en centre de documentation » est un horizon vers lequel tendre mais j’ai bien peur de n’y arriver jamais !

6) Didacdoc. Mon blog-doc

Journal de bord pour bien prendre la brise ! Ses réflexions aident à mettre les voiles et tenir le cap !

Pour finir, des blogs déjà cités par Gribouilles de doc, je ne les présente plus mais ne résiste pas à l’envie de dire combien j’apprécie la profondeur des réflexions et la qualité des séquences partagées, les tutoriels ou critiques de livres…

7) L’odyssée d’LN : je tisse m@ toile

8) Calypso

9) BlOg-O-nOisettes

10) Doc à bord

11) Marthe au CDI

Et maintenant, au boulot, voici 11 questions auxquelles les bloggers nominés ci-dessus pourront répondre :

1) Dans vos acquisitions de l’année, quels ont été vos coups de cœur ? Indiquez s’il s’agit de coups de cœur collège ou lycée !

2) Quelle est la séquence (ou séance) pédagogique dont vous êtes le plus fier ? Celle qui a marché au-delà de vos espérances, qui vous a le plus enthousiasmé(e)…

3) Quel dessin de Doc toc toc préférez-vous ?!

4) Vous aussi, parfois, vous vous sentez un peu « toc toc », quelle fantaisie, maladresse, moment de folie douce, lapsus… vous est-il arrivé de vivre au CDI ? Racontez !

5) Quelle activité du CDI (ou liée à vos missions) est la plus chronophage pour vous ?

6) Avez-vous mis en place une politique documentaire ? Quel axe vous semble prioritaire, le plus important à défendre ?

7) Quels sont les petits rituels qui vous aident à tenir le coup dans les moments de baisse de régime ? Thé ou café ? (Petits ?!) gâteaux, chocolat ? Cigarettes ? Votre TL sur Twitter ? Autre chose ?!

8) Si un jour, vous deviez ne plus exercer votre profession, quel métier vous tenterait le plus ?

9) Chez vous, vos étagères de bibliothèque croulent sous le poids de quels genres de livres ?

10) Quelles sont vos bandes dessinées ou romans graphiques préférés ?

11) Le dernier film qui vous a laissé(e) sous le coup de l’émotion ? Et un musicien(ne)/chanteur(se) ?

 

Je retiens en otage Doc toc toc !

Otage_doctoctoc_gribouillesdedoc

Pour en savoir plus sur le kidnappeur :

http://gribouillesdedoc.wordpress.com/

Dernière zone

Dernière zone

%d blogueurs aiment cette page :